Réfugiés: malgré les dissensions, Merkel refuse de barricader l'Allemagne


Lundi 14 Décembre 2015 - 17:25
AFP


La chancelière allemande Angela Merkel a plaidé lundi pour une réduction "perceptible" du nombre des migrants rejoignant l'Allemagne, ménageant ainsi les voix discordantes dans son parti conservateur CDU, mais a refusé de leur fermer la porte au nom d'"impératifs humanitaires".


Malgré de fortes turbulences ces dernières semaines et des critiques au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) sur la politique d'accueil des réfugiés, la dirigeante conservatrice a été ovationnée de longues minutes durant par ses troupes réunies à Karlsruhe (sud-ouest) en congrès.

Au cours d'un discours consacré quasiment exclusivement à la question des migrants, Angela Merkel, qui affronte la plus grave crise de sa décennie au pouvoir, a reconnu que "même un pays comme l'Allemagne est dépassé à la longue par un nombre si grand de réfugiés".

Il devrait avoir dépassé le million sur l'ensemble de l'année, un record historique qui place l'Allemagne, malgré sa bonne santé économique, face à des défis logistiques considérables.

"C'est pourquoi nous voulons et nous allons réduire de manière perceptible le nombre" de migrants, a-t-elle promis. Pour elle, c'est aussi dans l'intérêt des réfugiés qui jamais, a-t-elle estimé, ne quittent leur pays de leur plein gré.

Pour autant, elle a une nouvelle fois répété son mantra "nous allons y arriver" car "notre pays est fort" et que c'est "dans son identité de réussir de grandes choses". Et insisté sur la nécessité de trouver des solutions européennes à cette crise qui est "une épreuve historique" pour l'Union européenne dans son ensemble.

"Notre tâche est immense", a-t-elle admis. "Parfois" les négociations houleuses entre les 28 pays de l'UE "nous rendent fou mais cela n'a jamais été facile en Europe", a-t-elle poursuivi alors que certains pays comme la Hongrie se sont barricadés pour empêcher les migrants de poursuivre leur odyssée depuis le sud de l'Europe.

La chancelière a notamment insisté sur "le rôle clé" que joue la Turquie dans cette crise. Malgré des relations acrimonieuses avec le président turc Erdogan, Berlin est à l'origine d'un rapprochement avec Ankara pour tenter de retenir les quelque 2 millions de Syriens réfugiés en Turquie.

- 'S'enfermer, pas la solution' -

La chancelière a aussi souligné l'importance de relocaliser quelque 160.000 réfugiés arrivés en Grèce ou en Italie, une mesure décidée entre partenaires européens et qui jusqu'ici a été peu suivie d'effets.

Protéger les frontières extérieures de l'UE constitue également une mesure essentielle pour Mme Merkel. Un sommet à Bruxelles consacré notamment à cette question doit se tenir jeudi et vendredi.

Mais pas question pour elle que l'Allemagne se barricade. "On n'y arrivera pas en s'enfermant, au XXIe siècle, s'enfermer n'est pas la solution", a-t-elle martelé.

Son partenaire gouvernemental bavarois, la CSU, mais aussi certains au sein de la CDU exigent qu'elle formule un plafond chiffré au delà duquel l'Allemagne n'acceptera plus de réfugiés. Mais la chef du gouvernement a toujours refusé catégoriquement cette perspective.

Pour elle, ouvrir les portes de son pays aux réfugiés en détresse, qui fuient la guerre ou la terreur en Syrie ou en Irak, est "un impératif humanitaire", a-t-elle répété lundi.

Fille de pasteur protestant, Angela Merkel n'a cessé d'invoquer la morale pour justifier sa généreuse politique.

A la tribune, elle a rappelé les valeurs chrétiennes fondamentales de son parti. "Chaque homme dispose de la dignité que Dieu lui a offerte", a-t-elle plaidé.

Autre temps fort attendu du congrès de la CDU: le débat sur une motion prônant des "mesures efficaces" pour réduire nettement l'afflux de demandeurs d'asile.

Âprement discuté ces derniers jours, il doit résumer la position d'Angela Merkel en prônant une action européenne conjointe, notamment à la frontière gréco-turque, principale portée d'entrée des migrants dans l'UE.

La fronde au sein de la CDU semble cependant avoir été calmée durant le week-end, la direction du parti s'étant mise d'accord sur la formule de compromis "réduire de manière perceptible" l'afflux de réfugiés.


           

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