SwissLeaks: la face sombre du secret bancaire suisse dévoilée


Lundi 9 Février 2015 - 17:45
AFP


Genève - Le secret bancaire en Suisse n'a pas seulement permis de frauder le fisc mais également de couvrir des activités criminelles de grande échelle, comme le blanchiment d'argent de la drogue ou le financement du terrorisme international, selon une enquête publiée lundi par la presse internationale, coordonnée par le journal français Le Monde.


SwissLeaks: la face sombre du secret bancaire suisse dévoilée
Cette enquête, baptisée SwissLeaks, est basée sur les fichiers de la banque HSBC Suisse, dont le siège est à Genève, et volés en 2007 par l'ancien informaticien franco-italien Hervé Falciani.

Le journal Le Monde a eu accès, par un informateur secret, à ces fichiers, donnant des informations sur plus de 106.000 clients de la banque suisse, provenant d'environ 200 pays.

Le Monde a confié au réseau du Consortium international des journalistes d'investigations (ICIJ) ces données, qui ont été analysées par plus de 140 journalistes issus d'une cinquantaine de médias.

En Suisse, les journaux "L'Hebdo", "Le Temps", "Le Matin Dimanche", le "Tages-Anzeiger" et la "SonntagsZeitung" ont participé à SwissLeaks.

Les fichiers contiennent des informations personnelles sur les clients, les notes des banquiers, et les mouvements de compte.

A la suite de ces publications, des voix se sont élevées en Suisse pour réclamer des poursuites contre HSBC Suisse, jusqu'ici épargnée dans ce pays, alors que des enquêtes sont déjà ouvertes en Belgique et en France.

"Je suis très fâchée" et "l'ouverture d'une enquête "serait la moindre des choses", a déclaré lundi matin Mme Micheline Calmy-Rey, une ancienne ministre socialiste du gouvernement suisse, en ajoutant que l'image de la Suisse a été sérieusement endommagées par cette affaire.

- 'Des manquements du passé' -

De son côté, la banque HSBC Suisse a réagi lundi dans un courriel à l'AFP à ces informations, en disant qu'elles appartenaient "au passé". "Depuis 2008, HSBC a radicalement changé sa stratégie", a ajouté la banque, en reconnaissant avoir eu des "manquements" dans le passé.

Dans ces fichiers figurent les noms de Saoudiens, suspectés d'avoir financé Oussama Ben Laden dans les années 2000, des barons de la drogue, des trafiquants d'armes et des diamantaires véreux.

Selon la banque HSBC Suisse, une nouvelle direction, mise en place après l'affaire du vol de données en 2007, "a procédé à un examen en profondeur des affaires, ce qui inclut des fermetures de comptes de clients qui ne correspondaient pas aux standards élevés de la banque, et la mise en place d'un système très poussé de contrôle interne".

"Ces révélations concernant des pratiques du passé doivent rappeler que ce vieux modèle d'affaires de la banque privée suisse n'est plus acceptable", a conclu la banque suisse.

La banque a ainsi fait le ménage dans son portefeuille clients, qui a subi une sévère cure d'amaigrissement.

Sa clientèle s'est réduite de 70% depuis 2007 et les comptes gérés ne sont plus que 10.000, contre 30.000 il y a 8 ans.

Les avoirs gérés par la banque ont aussi fondu, passant de 118 millions de dollars à 68 milliards fin 2014.

- Têtes couronnées et vedettes du show-biz -

Les noms des clients publiés lundi par la presse sont notamment ceux de vedettes du show-business, et de chefs d'entreprises ou de leurs héritiers.

Ces noms n'étaient connus jusqu'à présent que par la justice et quelques administrations fiscales, même si certains éléments avaient déjà filtré dans la presse.

Concrètement, entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007, quelque 180,6 milliards d'euros auraient transité sur des comptes d'HSBC à Genève, cachés entre autres derrière des structures offshore au Panama et dans les îles Vierges britanniques, selon les enquêteurs.

En France, l'humoriste Gad Elmaleh est cité, pour avoir disposé d'un compte faiblement approvisionné à Genève, avec un peu plus de 80.000 euros entre 2006 et 2007. Selon les informations du journal Le Monde, il aurait régularisé sa situation auprès du fisc français.

Parmi les noms cités dans les différents médias figurent notamment le roi du Maroc Mohammed VI ou le roi de Jordanie Abdallah II.

Le journal suisse Le Temps met l'accent sur les personnalités politiquement exposées, évoquant entre autres Rami Makhlouf, cousin du président syrien Bachar al-Assad.

Il cite également l'ancien ministre haïtien Frantz Merceron ou encore l'ancien ministre égyptien du Commerce et de l'Industrie Rachid Mohamed Rachid, qui avait été condamné à cinq ans de prison en juin 2011 pour abus de biens sociaux issus des fonds pour le développement du pays.

"HSBC Private Bank (Suisse) a continué d'offrir des services à des clients qui avaient été cités défavorablement par les Nations Unies, dans des documents légaux et dans les médias pour leur lien avec le trafic d'armes, les diamants de guerre ou la corruption", fustige de son côté l'ICIJ.

Le secret bancaire en Suisse s'est réduit comme peau de chagrin ces dernières années, la pression sur les banques helvétiques s'étant fortement accrue alors que de nombreux gouvernements ont accentué la chasse à l'évasion fiscale.

Lundi et mardi, une réunion du G20 se tient à Istanbul où se retrouvent des ministres des finances et des banquiers centraux. Le G20 a fait de la lutte contre l'évasion et l'optimisation fiscale un de ses chevaux de batailles.


           

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