Trafic d'influence: la procédure validée, Sarkozy face à un obstacle de taille


Jeudi 7 Mai 2015 - 17:23
AFP


Un obstacle de taille demeure sur le chemin de la présidentielle de 2017 pour Nicolas Sarkozy: la justice a validé jeudi les écoutes qui lui valent d'être mis en examen pour corruption et trafic d'influence.


Trafic d'influence: la procédure validée, Sarkozy face à un obstacle de taille
Gelée depuis l'automne, le temps d'examiner les requêtes, l'enquête va donc reprendre, le pourvoi en cassation annoncé jeudi par les avocats n'étant pas suspensif, selon des sources judiciaires.

Avec la menace persistante, en fin d'instruction, d'un possible renvoi en correctionnelle pour celui qui est redevenu le chef de l'opposition. Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir, avec son avocat Thierry Herzog, envisagé de corrompre un haut magistrat, ce qui suffirait à le renvoyer en procès.

"Contrairement à ce que nous pouvions légitimement espérer, la cour n'a pas fait droit à l'essentiel de nos moyens de nullité, à une seule exception", a regretté l'avocat Me Paul-Albert Iweins, qui défend Me Herzog et s'exprimait à la sortie de la chambre de l'instruction de la cour d'appel entouré de ses confrères.

Selon une source proche du dossier, cette exception est accessoire "Ce n'est pas le socle du dossier", confirme une autre source.

Ce dossier a valu à l'été 2014 à Nicolas Sarkozy d'être le premier ancien chef de l'Etat placé en garde à vue. Il est mis en examen pour "corruption active", "trafic d'influence actif" et "recel de violation du secret professionnel".

Il est soupçonné d'avoir, avec son avocat, tenté d'obtenir indûment auprès d'un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, des informations couvertes par le secret dans l'affaire Liliane Bettencourt, où il contestait la saisie de ses agendas après avoir bénéficié d'un non-lieu.

En échange de ces renseignements souhaités, Nicolas Sarkozy aurait promis d'intervenir pour que le magistrat obtienne un poste de prestige à Monaco. Au final, l'ex-président n'a pas obtenu gain de cause sur ses agendas à la Cour de cassation, ni Gilbert Azibert le poste convoité. Mais cela ne change rien, l'intention suffisant pour engager des poursuites.

Les écoutes de conversations entre Nicolas Sarkozy et Me Thierry Herzog sont centrales dans le dossier. Ces échanges "ne suscitent pas d'interrogations quant à leur volonté et leurs attentes", estime une source proche de l'enquête.

- "Ces messieurs qui nous écoutent" -

"Moi, je le fais monter!", dit-il ainsi le 5 février 2014 à Me Thierry Herzog à propos de Gilbert Azibert. "Je l'aiderai", insiste-t-il, s'exprimant depuis un portable fourni par son avocat et souscrit au nom d'emprunt de Paul Bismuth.

Le 11, sur leurs portables non officiels, les deux hommes conviennent de se rappeler sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, qu'ils savent surveillée. L'ex-chef de l'Etat ironise sur "ces messieurs qui nous écoutent".

Le 23, alors que l'ex-chef de l'Etat doit se rendre dans la Principauté, Me Herzog lui rappelle, si l'opportunité se présente, "de dire un mot pour Gilbert". Nicolas Sarkozy acquiesce, dit qu'il fera "la démarche", ce qu'il confirme deux jours plus tard. Le lendemain, il renonce subitement.

Nicolas Sarkozy y voit la démonstration qu'il n'a rien à se reprocher. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent d'apprendre que leurs téléphones non officiels sont aussi sur écoute.

Les juges disposent d'autres écoutes, comme celle de Gilbert Azibert avec son épouse après la révélation de l'affaire: "T'es au 30ème dessous", dit-elle. "Mais enfin... aussi... Qu'est ce que tu veux, t'es allé magouiller avec Sarkozy".

Gilbert Azibert a depuis quitté la magistrature. Une conversation avec Me Herzog est également troublante: l'avocat lui explique que "la démarche à Monaco a été faite". "Oui, bah c'est sympa", répond Azibert.

Me Herzog et Gilbert Azibert sont également mis en examen.

Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas caché son énervement devant les magistrates Claire Thépaut et Patricia Simon qui l'ont mis en examen, réfute toute volonté de corrompre. Il a mis en doute l'impartialité politique des magistrates.

La thèse des enquêteurs est "une insulte à (son) intelligence", avait dit lors de sa garde à vue Nicolas Sarkozy.


           

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