Tunisie/Economie - La dépréciation du dinar: Un mal pour un bien?


Samedi 29 Avril 2017 - 10:35
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Tunis - Le dinar tunisien a fortement glissé, les derniers jours, face à l’euro et au dollar. En effet, 1 euro s’échange actuellement à 2,6 dinars, tandis que 1 dollar vaut 2,48 dinars, jusqu’à mercredi soir.


Ce glissement n’est pas nouveau mais a eu lieu d’une manière fluide et progressive depuis 2011, là où 1 euro était évalué à 1,975 dinars et 1 dollar valait 1,377 dinars. Il s’agit d’une dépréciation de la monnaie (dinar). Il existe d’ailleurs une nuance entre la dévaluation et la dépréciation du dinar.

« Techniquement, ce qui est en cours depuis le début de 2016 déjà est une dépréciation régulière du dinar tunisien. C’est une baisse de sa valeur en termes de devises étrangères découlant du fonctionnement du marché des changes », a précisé l’enseignante et experte en économie, Sonia Naccache, dans une déclaration à Anadolu.

La dévaluation est différente de la dépréciation car elle survient lorsque le cours de la monnaie nationale en termes de devises étrangères n’est pas le résultat des mécanismes du marché des changes, mais est décidé par la banque centrale (BCT), comme l’a expliqué l’experte.


Mais à quoi est réellement due la dépréciation du dinar ?

Plusieurs experts, hommes d’affaires tunisiens et médias ont lié la baisse de la valeur du dinar à des déclarations faites par la ministre des Finances, Lamia Zribi, depuis plus d'une semaine, qui a prévu qu'un euro atteindra progressivement, 3 dinars.

« Il s’agit d’un comportement spéculatif qui a engendré la panique », déclare Faysel Derbel, conseiller économique auprès de la Présidence du Gouvernement à l’un des médias locaux. 
Quant à elle, la ministre a assuré qu’elle a été mal comprise et que ses dires étaient mal interprétés. Elle risque, pourtant, d’être limogée à cause de ses déclarations, dans un prochain remaniement ministériel.

Revenant sur les causes de la dépréciation du dinar, Sonia Naccache a considéré que cette dépréciation est imputée à l'aggravation des déficits extérieurs, causée elle-même par le déficit de l'épargne et le déficit budgétaire, tous les deux étant provoqués par une consommation débridée. « Le pays vit au-dessus de ses moyens depuis bientôt six ans ! », s’est exprimée notre interlocutrice, rappelant qu’en Tunisie, « on consomme trop, on ne produit pas assez, on n'épargne plus comme avant et on finance nos investissements par l'emprunt extérieur ».

Les causes se résument alors au niveau des principaux indicateurs économiques, souffrant d’une dégradation considérable, chose qui a été confirmée par Faysel Derbel, dans une déclaration faite à une chaîne tunisienne privée.

Derbel a considéré que les indicateurs économiques sont catastrophiques et enregistrent une visible régression par rapport au passé (avant 2011). Cependant, il semble être optimiste quant aux efforts déployés par le gouvernement visant à améliorer ces indicateurs.

Cependant, l’exportation est toujours inhibée par la baisse de la production, comme l’a mentionnée Sonia Naccache, expliquant que l’on exporte moins bien qu'avant parce que l’on a perdu en productivité et que l’on importe sans frein, notamment, les produits énergétiques dont la production a été secouée par les mouvements sociaux.

Ceci est, d’ailleurs, constaté et affirmé par les chiffres, tout au long des six dernières années. Le taux de couverture des importations par les exportations n’a pas dépassé 70% en 2016, selon l’Institut National tunisien de la Statistique (INS).

Dans ce cas, « le cours du dinar était artificiellement soutenu par la BCT qui y a dépensé beaucoup de nos maigres réserves en devises », explique Sonia Naccache, précisant qu’il arrive un moment où ce n'est plus tenable, ce qui est le cas actuellement. 

Mais, « l’emprunt nous revient cher, ce qui ne permet pas durablement d’utiliser une partie de ces devises pour soutenir le cours du dinar », indique l’interviewée. 

« La dépréciation du dinar rendra l’activité d’exportation plus profitable » 

Poursuivant son analyse quant à l’impact de la dépréciation du dinar aux plans micro et macro-économiques, Sonia Naccache souligne que la dépréciation est censée, théoriquement, corriger les déficits extérieurs en modifiant les comportements d’importation et d’exportation. 

« Etant une économie de petite taille, la Tunisie subit les prix mondiaux des produits exportés ainsi que ceux des biens importés. La dépréciation rendra les biens importés plus chers en termes de dinar tunisien, ce qui est de nature à décourager la demande de biens importés », a-t-elle encore lancé. 

D’autre part, cette dépréciation rendra l’activité d’exportation plus profitable dans le sens où, pour les exportateurs, la « contrepartie en dinars devient plus importante », poursuit l’experte. 

Elle a également attiré l’attention sur le fait que la dépréciation du dinar rend le coût salarial de notre main-d’œuvre moins cher en termes d’euros ou de dollars, ce qui pourrait représenter un atout pour le site Tunisie et nous attirer des investissements étrangers, fait savoir notre interlocutrice. 

Mais, le revers de la médaille est que le site Tunisie présente encore des tares institutionnelles « répulsives » comme celles des services portuaires, de l’administration fiscale ou encore des mouvements sociaux anarchiques. 


Que peut-on prévoir pour le reste de l’année ? 

Sonia Naccache a rassuré quant à la reprise progressive de l'investissement local et étranger. « Il faut toutefois reconnaître que les pressions inflationnistes pourraient reprendre avec le renchérissement des produits et intrants importés, mais, la BCT semble vouloir ralentir cette tendance par la dernière hausse annoncée dans le taux d'intérêt directeur », explique l’experte en se référant au dernier communiqué de la Banque Centrale de Tunisie.

Dans ce communiqué rendu public, mardi, le gouverneur de la Banque Centrale annonce une série de mesures s’agissant, notamment, « d’augmenter le taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale de 50 points de base pour se situer à 4,75%, et de relever le taux minimum de rémunération de l’épargne de 50 points de base, le portant ainsi à 4% ».

Ces mesures visent à « contrecarrer les risques des pressions inflationnistes, d’une part, et à stimuler l’épargne ainsi qu’à renforcer la liquidité ». 

A savoir que les avoirs nets en devises sont évalués par la BCT, à 105 jours d’importations, soit 12778 millions de dinars (environ 5154,4 millions de dollars). 


           

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