Tunisie: trois Femen interpellées seins nus, une première dans le monde arabe


Mercredi 29 Mai 2013 - 14:13
AFP


Tunis - Trois militantes Femen ont été interpellées mercredi matin à Tunis après une action seins nus, une première dans le monde arabe, en soutien à une militante tunisienne détenue depuis le 19 mai, selon un journaliste de l'AFP.


Tunisie: trois Femen interpellées seins nus, une première dans le monde arabe
Face à une foule de journalistes réunis devant le palais de Justice, les trois jeunes femmes, deux Françaises et une Allemande, hurlaient "Free Amina", la militante Femen tunisienne emprisonnée dans l'attente de son procès jeudi à Kairouan (centre) pour port illégal d'un spray lacrymogène, délit passible de six mois de prison.

Elles ont été interpellées sans ménagement par les policiers qui les ont traînées à l'intérieur du tribunal. Lorsque les trois jeunes filles ont été transférées d'un bureau à un autre à travers la cour du bâtiment, des avocats présents ont chanté l'hymne national et scandé "dégage", mot d'ordre de la révolution de janvier 2011.

"Une enquête a été ouverte et elles seront placées en état d'arrestation et traduites en justice", a déclaré le porte-parole du ministère de la Justice, Adel Riahi, à l'AFP, sans préciser les accusations qui pourraient être retenues alors que l'attentat à la pudeur est passible de six mois de prison en Tunisie.

L'action des Femen a déclenché la colère d'une foule de passants et d'avocats qui ont agressé les journalistes présents, en frappant certains.

Après cette bagarre, des policiers sont intervenus et ont interpellé six journalistes français et tunisiens travaillant pour l'agence Reuters et la télé Canal+ notamment, selon le témoignage de l'un d'entre eux, Mohamed Haddad.

Ils ont refusé de remettre leurs images à la police qui n'était pas en mesure dans l'immédiat de leur expliquer les motifs de l'interpellation.

"C'est la première action que nous menons dans le monde arabe (...) j'ai préparé cette équipe internationale à Paris et elles ont été envoyées hier (mardi) à Tunis", a expliqué à l'AFP par téléphone Inna Shevchenko, dirigeante de Femen à Paris.

Séquestration

La jeune Femen tunisienne, connue sous le pseudonyme d'Amina Tyler, a été arrêtée le 19 mai à Kairouan après qu'elle eut peint sur un muret proche d'un cimetière le mot Femen. Elle est en détention depuis et risque six mois de prison pour possession d'un spray d'auto-défense. Elle pourrait aussi être poursuivie pour profanation de cimetière, délit passible de deux ans de prison.

Amina avait fait scandale en mars en publiant des photos d'elle seins nus à la manière des Femen, recevant notamment des menaces d'islamistes radicaux, selon son témoignage.

Ses proches la présentent comme une dépressive chronique suicidaire et ses parents l'ont longtemps empêchée de sortir de chez elle, arguant de sa sécurité. Amina, qui accusait sa famille de la séquestrer, a fugué fin avril, et elle apparaissait depuis régulièrement en public, sans pour autant se dénuder.

Le mouvement Femen, fondé en Ukraine et désormais basé à Paris, mène depuis plusieurs années des actions seins nu à travers le monde pour dénoncer la condition de la femme mais aussi les régimes dictatoriaux.

La Tunisie, dirigée depuis la fin 2012 par un gouvernement dominé par les islamistes d'Ennahda, dispose de la législation la plus libérale du monde arabe concernant les droits des femmes mais l'égalité n'y est pas consacrée.

L'opposition et les associations féministes militent pour l'inscription de l'égalité des sexes dans la Constitution en cours d'élaboration et accusent régulièrement Ennahda de remettre en cause les acquis de la femme.

Ennahda avait notamment fait scandale durant l'été 2012 en proposant que la future loi fondamentale évoque la "complémentarité" des sexes et non l'égalité, un projet abandonné depuis.

Dans le dernier brouillon du projet de Constitution, daté d'avril, trois articles traitent de ce thème. L'article 6 stipule que "tous les citoyens et citoyennes ont les mêmes droits et devoirs" et le 11 note que "la femme et l'homme sont associés dans la construction de l'Etat".

L'article 42 souligne que l'État protège "les droits de la femme et soutient ses acquis (...) garantit l'égalité des chances entre la femme et l'homme (...) et garantit l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard de la femme".


           

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