Zone euro: Une inflation terne, souci permanent de la BCE


Mardi 4 Juin 2019 - 11:21
Reuters


Bruxelles - L’inflation a fléchi plus qu’on ne l’anticipait en mai dans la zone euro, selon la première estimation publiée mardi, un souci permanent pour une Banque centrale européenne (BCE) réellement inquiète de voir cet indicateur économique évoluer bien en deçà de son objectif.


Eurostat a annoncé que l’inflation annuelle mesurée par l’évolution des prix de détail était de 1,2% en mai, contre 1,7% en avril, alors que les économistes projetaient une décélération moins nette, à un taux de 1,3%. L’effet pascal qui avait dopé l’inflation en avril a ainsi été entièrement effacé.

Plus préoccupant encore, l’inflation hors prix alimentaires et prix de l’énergie, l’indicateur retenu par la BCE pour orienter sa politique monétaire est encore plus faible, de 1,0% en mai contre 1,4% en avril.

La BCE vise une hausse des prix un peu inférieure à 2% sur le moyen terme mais cet objectif est constamment manqué depuis 2013 et l’on craint que les marchés en viennent à ne plus croire du tout en une remontée de l’inflation, auto-entretenant ainsi sa faiblesse.

Le dernier compte rendu de politique monétaire de la BCE témoigne de cette préoccupation qui, si elle s’avérait fondée, obligerait la banque centrale à prendre de nouvelles mesures de stimulation économique.

Mais l’arsenal de la BCE s’est quelque peu vidé; elle a encore beaucoup d’outils à sa disposition mais ils ne sont pas aussi puissants que des rachats d’actifs massifs ou des baisses de taux à répétition.

“Malgré une demande intérieure correcte, il semble que les entreprises considèrent qu’il reste toujours difficile de répercuter leurs coûts du travail sur le consommateur”, observe la Commerzbank dans une note à ses clients. “La BCE en outre commence à douter que les revalorisations salariales se traduisent par une hausse durable de l’inflation sous-jacente”.

La prochaine décision de la BCE, sans doute annoncée jeudi à l’occasion de sa réunion de politique monétaire, sera de fournir aux banques de la liquidité par le biais de nouvelles opérations de refinancement ciblées à long terme (TLTRO) afin qu’elles maintiennent une flux de crédit continu.

La disponibilité du crédit ne semble pas un problème en soi pour le moment mais la faiblesse de l’inflation et le ralentissement de la croissance inciteront sans doute la BCE à être généreuse dans les conditions attachées à ces prêts.

Mais il se peut que la BCE s’abstienne, en dehors de cela, de toute autre mesure de soutien car la croissance tient, les salaires augmentent, la croissance du crédit reste solide et le taux de chômage est tombé en avril à un plus bas de 10 ans de 7,6%.

Pourtant, elle pourrait être forcée d’en prendre d’autres d’ici la fin de l’été compte tenu d’une “incertitude généralisée”, selon ses propres termes.

Une guerre commerciale d’ampleur mondiale altère la confiance, l’Italie est une fois de plus en conflit avec la Commission européenne, l’industrie allemande aligne les performances médiocres, les Bourses ont le vague à l’âme et la menace d’un Brexit dur reste bien présente.

Les marchés ne voient plus la BCE remonter les taux avant 2021 et certains vont jusqu’à prédire une baisse des taux au contraire, ce qui paraît peu vraisemblable avec un taux de dépôt officiel au plus bas record de -0,4%.

Pour conserver à sa politique de communication avancée (forward guidance) un caractère crédible, la BCE pourrait repousser officiellement dans le temps l’éventualité d’une hausse des taux, ajustant ainsi cette politique qui pour l’instant anticipe des taux stables jusqu’à l’an prochain.


           

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