Ce que le jour doit à la nuit

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La rédaction de Lire a sélectionné les 20 meilleurs livres de l'année. Cette année, c'est Yasmina Khadra qui l'emporte avec "Ce que le jour doit à la nuit".

Ce que le jour doit à la nuit
« Pas assez moderne dans l'écriture », reproche-t-on parfois à Yasmina Khadra. Que vaut l'Antigone de Sophocle réduit à l'histoire de deux frères ennemis dont la soeur veut donner une sépulture au frère à qui on la refuse ? Que serait cette querelle de palais si ne s'élevait derrière les éclats de voix et les claquements de porte la protestation d'Antigone qui, après avoir été jetée au visage d'Ismène, continue de l'être à celui de l'humanité tout entière : « Je ne suis pas faite pour vivre dans la haine, mais pour partager l'amour » ?

Revenons au livre de Yasmina Khadra et à la magnifique promesse de son titre, tenue sur quatre cents pages. Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre mondiale. L'Europe sera bientôt à feu et à sang, éclaboussant une Algérie coloniale. Younes était un petit Arabe misérable. Il se souvient du courage de son père qui lui avait promis en vain un autre horizon que l'infâme gourbi où il venait d'installer sa famille. A bout de forces, cet homme humilié avait fini par placer son fils chez l'oncle pharmacien, musulman marié à une catholique, le seul de la famille à avoir su mener sa barque.

C'était vouloir lui donner la chance qu'il n'avait pas eue. Ce fut lui assurer un avenir d'homme dans une Algérie où commençaient à s'exaspérer les passions fratricides. Des années plus tard, Younes, qui avait su, malgré la suffisance de certains pieds-noirs, se faire partout des amis et vivre, au milieu des joies et des chagrins de son âge, le splendide amour dont toute jeunesse a le génie, entendra encore cet oncle, lecteur à la fois de Camus et du nationaliste algérien Messali Hadj, lui dire, avec la même détermination que la petite Thébaine : « Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d'autre. »


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