Entre panique et visites, des milliers de touristes encore coincés en Tunisie

AFP

Tunis - "Nous allons passer quelques jours de plus au soleil. Ce n'est pas trop grave, tant que cela ne dure pas". Lars, médecin allemand coincé en Tunisie comme des milliers de touristes européens, multiplie les démarches pour tenter de revenir chez lui, sans céder à la panique.

Pendant que certains s'affolent face à la fermeture de l'espace aérien, d'autres en profitent pour visiter la capitale Tunis, en dépit des consignes exigeant que les personnes arrivant de l'étranger s'isolent durant 14 jours pour ralentir la propagation du nouveau coronavirus.

"Mon avion a été annulé mais, pour l'instant, ça ne me pose pas problème", assure sous couvert d'anonymat un quinquagénaire arpentant les ruelles bleues et blanches de Sidi Bou Saïd, village touristique surplombant la Méditerranée, près de Tunis. "On devrait avoir rapidement un autre vol, et mon patron ne m'attend pas au bureau", ajoute-t-il.

Après la suspension de nombreux vols vendredi entre l'Europe et la Tunisie, où 24 cas ont été identifiés depuis le 2 mars, le gouvernement a finalement annoncé lundi soir la fermeture des frontières -à l'exception des marchandises et vols de rapatriement.

Rabat en a fait de même, prenant au piège de très nombreux vacanciers, à Marrakech notamment.

Selon le ministère tunisien du Tourisme, plus de 9.000 touristes, dont 3.700 Français, se trouvent actuellement en Tunisie, mais "tous seront évacués la semaine prochaine".

Lars, lui, navigue avec calme d'un bureau à l'autre de l'administration tunisienne. De retour d'un long séjour en 4X4 dans le Sahara avec quelques amis, il n'a pas pu prendre le ferry car les liaisons maritimes ont également été interrompues ce week-end.

Les automobilistes ont donc fait les démarches nécessaires afin de laisser leurs véhicules "quelques semaines" sous douane dans le pays et rentrer en avion.

"Nous espérons simplement que nous arriverons à rentrer chez nous: en théorie, nous avons un avion mercredi pour Hambourg via Genève, nous sommes confiants mais pas sûrs de partir", souligne-t-il.

Il laisse finalement transparaître une pointe d'inquiétude en cas d'absence prolongée. "Je suis chirurgien orthopédiste: chaque jour de retard coûte 16.000 euros à ma société".

Après une cohue lundi à l'aéroport, où des centaines de personnes faisaient la queue devant les comptoirs, plusieurs dizaines de voyageurs paniqués étaient venus en personne à l'ambassade de France à Tunis mardi matin, s'énervant face au manque d'information.

"Je devais rentrer dimanche d'une semaine de vacances, nous n'avions pas été prévenus avant le départ d'une possibilité d'interruption des vols", déplore Latifa Jemaa, inquiète pour son mari cardiaque qui a besoin de médicaments.

"Je travaille à l'hôpital, on a besoin de moi là-bas, et puis on est pas tranquille, surtout quand on a entendu le président (Macron) dire qu'on était en guerre!".

Certains craignent de se retrouver coincés des semaines durant ou de ne pas pouvoir rejoindre leur domicile une fois en France, en raison des restrictions de déplacement.

"Nous sommes paniqués", s'exclame Nadia Naimi. "Je veux rentrer en France, je ne fais pas confiance au système de santé tunisien".

L'ambassade d'Allemagne à Tunis souligne être "en contact avec les compagnies aériennes pour trouver des solutions pragmatiques".

L'ambassade de France, elle, a mis en place une cellule de crise, prise d'assaut, et assure que 30 vols spéciaux payants avaient été affrétés vers la France.

"Nous voulons aller vite", indiquait à l'AFP peu avant la fermeture de l'espace aérien l'ambassadeur Olivier Poivre d'Arvor, selon qui 5.000 voyageurs sont rentrés en France ces derniers jours et environ autant devraient l'être sous 48 heures.

Quant aux hôteliers tunisiens, ils craignent que cette crise ne sonnent le glas de nombreux établissements, déjà éprouvés par plusieurs années de marasme après une série d'attentats meurtriers.

Le tourisme avait nettement rebondi ces deux dernières années, et plus de neuf millions de touristes étaient attendus dans les mois à venir, une reprise qui pourrait être mise à mal par la pandémie.


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