Keanu Reeves : « L'esprit de sacrifice »

Olivier Delcroix

Keanu Reeves incarne un extraterrestre qui débarque sur Terre pour sauver la planète bleue.
INTERVIEW - L'acteur canadien revient sur les écrans dans un film de science-fiction à grand spectacle. Entretien.

Keanu Reeves : « L'esprit de sacrifice »
Périlleux exercice que de s'emparer d'un classique de la science-fiction. En réadaptant Le Jour où la Terre s'arrêta de Robert Wise, sorti en 1951, le jeune Scott Derrickson savait qu'il risquait gros. Cinquante-six ans après, l'histoire de l'extraterrestre Klaatu débarquant sur Terre pour sauver la planète bleue, menacée par la prolifération de la race humaine, pouvait paraître un tantinet vieillotte. Pourtant, le pari est réussi. On se laisse happer par cette sombre fable en forme de parabole pacifiste. Le retour de Keanu Reeves, dans le rôle de Klaatu, y est aussi pour quelque chose. À 44 ans, l'inoubliable interprète de Neo dans Matrix et du flic surfeur de Point Break n'a pas pris une ride. De passage à Paris, décontracté et souriant, portant une barbe noire inhabituelle, l'acteur canadien reçoit les journalistes dans une spacieuse suite du Ritz.

LE FIGARO. - Aviez-vous vu la version originale ?
Keanu REEVES. - Tout à fait. Je me souviens avoir vu le film de Robert Wise à l'âge de 9 ou 10 ans, et j'avais beaucoup aimé à l'époque.

Quel était le défi de ce «remake» ?
Pour moi, il s'agissait avant tout d'interpréter un extrater­restre. En 1951, Michael Renny jouait un Klaatu plus humain que les humains. Il était grand, beau, charmant, plein d'humour, avec ce petit côté mystérieux qui plaît tant aux filles. Mon interprétation de Klaatu est l'exact opposé du personnage du premier film. Mon personnage possède un affect très peu développé. Il est même sinistre. Néanmoins, il va finir par découvrir l'esprit de sacrifice.

N'est-ce pas la seconde fois, après Neo dans Matrix, que vous jouez un rôle christique ?
Il est ici question de sacrifice chrétien, en effet. Et je veux bien admettre que, dans ces deux films, ce comportement sacrificiel est plus évident que lorsque je joue Johnny Mnemonic ou Jack Traven dans Speed. Quoique…

Le message de ce nouveau blockbuster n'a-t-il pas évolué par rapport à l'original ?
Bien sûr. Dans le premier film, l'extraterrestre se faisait finalement respecter des Terriens par la force. C'était une sorte de père fouettard avec un gros bâton, capable de détruire la planète si les humains ne s'entendaient pas entre eux. À l'époque, nous étions en pleine guerre froide. Et la course à l'armement Est-Ouest battait son plein. Aujourd'hui le contexte géopolitique a changé.

Pensez-vous que ce film soit politique ?
Comme dans toute allégorie, on peut faire plusieurs lectures du film. L'une d'entre elles peut être politique, sans doute. Ce n'est pas un hasard si nous avons tourné à Manhattan et New York, et non plus à Washington. Après le 11 Septembre et la guerre en Irak, il était intéressant de faire un film pacifiste.

Est-ce un signal ?
Sans doute. Depuis huit ans, l'Amérique a pu paraître aux yeux du monde comme étant très agressive. Elle a parfois usurpé son pouvoir. Elle s'est compromise. L'un des messages du film, peut-être, consiste à remettre en cause cette réaction violente primaire de l'Amérique face à l'inconnu. La méthode «tirer d'abord, réfléchir ensuite» ne fonctionne plus.

Quels sont vos projets. Êtes-vous venu à Paris pour rencontrer des cinéastes français ?
Non. J'aime beaucoup Paris. J'y suis venu une douzaine de fois, même en plein hiver. J'ai ren­contré Luc Besson et Patrice ­Chéreau, qui voulait adapter le roman du norvégien Knut ­Hamsun, La Faim. Sinon, en parlant de faim, je passe aux fourneaux ! Dans le prochain film de David Fincher, Chef, je vais me glisser dans la peau d'un chef ­cuisinier dirigeant un grand restaurant new-yorkais.

» Le Jour où la Terre s'arrêta, de Scott Derrickson avec Keanu Reeves, Jennifer Connelly, John Cleese et Kathy Bates. Durée : 1 h 42.



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