Mossoul: "scénario de destruction", selon l'artiste irakien Azzawi

AFP

Doha - L'artiste irakien Dia Al-Azzawi, dont près de 550 oeuvres sont exposées depuis cette semaine à Doha, est pessimiste sur l'avenir de son pays et ne voit qu'un "scénario de destruction" dans la bataille de Mossoul.

"Je suis le cri, qui me donnera une voix?" est la première grande rétrospective d'Azzawi, figure incontournable de l'art moderne arabe. L'exposition, qui inclut des peintures, des sculptures et des dessins, se déroule simultanément dans deux musées de la capitale du Qatar.

Un thème majeur de l'exposition concerne les évènements politiques qui ont embrasé le Moyen-Orient ces dernières décennies, ainsi que le sort du propre pays d'Azzawi, né à Bagdad mais qui vit aujourd'hui à Londres.

"Nous avons la destruction, nous avons la tragédie, la mentalité confessionnelle, la mentalité de la religion", dit-il, à propos de l'Irak, dans un entretien avec l'AFP.

"Tout cela est créé par les intérêts de l'Occident, je n'ai pas de problème avec ça mais, soutenir des partis, des partis islamiques, la mentalité de Daech (acronyme arabe pour le groupe Etat islamique), la mentalité du nettoyage ethnique, tout ça, on ne peut pas l'accepter".

Comme on lui demande s'il y a un quelconque espoir pour l'Irak lors de la bataille pour reprendre la grande ville de Mossoul (nord) à l'EI, Azzawi répond sombrement: "Non. Pas du tout. C'est un scénario, un scénario de destruction".

Ancien officier de l'armée irakienne, il a quitté son pays en 1976. Il n'y est pas retourné depuis octobre 1980. "C'est à deux heures d'ici. Si j'y retourne, j'accepte ce qui s'y passe. Je ne peux pas".

Et d'ajouter: "Je ne dis pas que Saddam était fantastique. Non. Mais, maintenant, on a 100 Saddam".

L'exposition en solo d'Azzawi au Qatar retrace tout son travail, sur plus d'un demi-siècle. La division de ses oeuvres entre deux musées représente deux phases distinctes de sa carrière.

Celles présentées au Mathaf de Doha illustrent l'intérêt de l'artiste pour les figures et les légendes de l'Irak. Celles exposées à la galerie Al Riwaq reflètent un travail plus politique à partir de la fin des années 1960.

"Pour moi, c'est vraiment un privilège de voir mon travail", dit Azzawi.

"Je n'ai pas vu certaines de mes (oeuvres) depuis 30 ou 40 ans. D'une certaine manière, je vois ainsi ma vie. Cela m'aide un peu à poser certaines questions et à me demander si j'ai raison ou non".

L'exposition, qui durera jusqu'en avril 2017, est organisée par Catherine David du Centre Pompidou à Paris. Du fait de la stature internationale grandissante d'artistes arabes, Azzawi voudrait qu'une exposition identique se tienne à Londres. "J'espère pouvoir au Tate".


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