"Victoria", un film sous tension en un seul plan séquence

AFP

Multi-récompensé, "Victoria" de l'Allemand Sebastian Schipper, en salles mercredi, raconte l'errance sous tension d'un groupe de jeunes à Berlin en un seul plan séquence de 2H20, une prouesse technique qui créé une "expérience" de cinéma, pour son réalisateur.

Le réalisateur allemand Sebastian Schipper
Le réalisateur allemand Sebastian Schipper
Le film, qui a reçu l'Ours d'argent de la meilleure contribution artistique au dernier festival de Berlin, le Grand Prix du Festival du film policier de Beaune et vient de recevoir six prix aux "Lola", l'équivalent des César en Allemagne, raconte l'histoire de Victoria (Laia Costa), une jeune Espagnole tout juste arrivée à Berlin.

A la sortie d'une boîte de nuit, elle rencontre un groupe de jeunes Berlinois, Sonne (Frederick Lau) et ses amis Boxer, Blinker et Fuss. Ils vont rapidement se lier d'amitié. Elle décide de les suivre dans leur virée nocturne, prête à dépasser ses limites pour partager avec eux l'expérience de la transgression.

Musique, alcool et drogue sont au programme de cette errance, qui va s'accélérer quand le groupe se trouve embarqué dans un braquage de banque. Le film, tourné dans l'urgence, fait ressentir le stress, le trop plein d'énergie et l'agitation de ses personnages, basculant peu à peu dans une folle cavale et un thriller nerveux.

"Victoria" a été tourné en un seul plan, sans montage ni coupe, une prouesse technique rare --vue dans "L'Arche russe" d'Alexandre Sokourov en 2002--, qui a conduit les comédiens à improviser et l'équipe à adapter les lieux pour éviter les déplacements.

Six assistants réalisateurs ont géré quelque 150 figurants, trois équipes son ont accompagné les acteurs et 22 lieux différents ont été nécessaires au tournage.

Pour tout scénario, les acteurs disposaient de 12 pages de texte où figuraient les scènes, les lieux et les actions des personnages, mais ont dû improviser les dialogues.

- 'Magique' -

"Le défi technique était de taille, mais ce n'était pas le plus important", a expliqué à l'AFP à Paris Sebastian Schipper, 47 ans, dont c'est le quatrième film.

Le réalisateur, qui est également acteur, voulait avoir "la sensation de ne pas raconter un braquage, mais de vivre un braquage et de permettre aux spectateurs de partager cette expérience".

"Pour cela, il fallait que ce soit une expérience pour nous, pour l'équipe technique, pour les acteurs", dit-il.

Il aura fallu trois prises à l'équipe pour arriver à faire ce récit en temps réel.

"Les premières prises était affreuses. L'espoir d'y arriver était de plus en plus mince" et la troisième "a été vraiment magique", raconte Sebastian Schipper.

"C'était une expérience incroyable", poursuit-il. Il explique que "la contrainte, la peur, l'adrénaline et l'euphorie de l'obligation d'un choix sans retour" ont guidé l'équipe.

Pour lui, "c'est une façon différente de diriger les acteurs, de jouer, de faire du cinéma. Nous avons dû tout apprendre à nouveau. Cela a créé de la tension, mais aussi beaucoup de liberté, car nous avons tout fait à notre façon, à l'instinct".

"Quand tout le monde est trop professionnel et sait comment faire, je pense que ce n'est pas impressionnant, ce n'est pas touchant", ajoute-t-il. "J'ai l'impression que faire ce film en un seul plan, c'était un peu comme convaincre tout le monde de se jeter dans une rivière glacée avec un fort courant !".

A travers l'histoire de ces jeunes qui se retrouvent ensemble dans une aventure qui les dépasse, le réalisateur dit avoir voulu aussi montrer quelque chose de la "solidarité" des jeunes Européens dans un contexte de crise économique, dans un monde à bout de souffle.

Une idée qui colle bien aussi avec le mode de fabrication du film. "Ce que j'aime, c'est que j'ai l'impression que c'est un film sur la solidarité entre les gens, et notre processus de fabrication avait aussi à voir avec la solidarité", dit-il.


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